VASE BACCHANALE
GODEFROID DEVREESE (1861–1941)
Belge
Date : Modèle terre cuite : 1893 / Marbre : ca. 1920
Dimensions : 88 × 40 × 37 cm
Matière : Marbre blanc de Carrare
Signature : « G. Devreese »
Provencance : Collection privée, Angleterre
Contexte historique et artistique
Le vase Bacchanale de Godefroid Devreese, d’une hauteur de 88 cm, se présente comme une œuvre où la forme et le décor fusionnent dans un mouvement continu. La panse, puissamment galbée, est entièrement enveloppée d’un cortège dionysiaque animé : faunes aux pieds de bouc, bacchantes aux chevelures ondoyantes, enfants joueurs, bouc nerveux et pampres luxuriants composent une frise ininterrompue qui se déploie en spirale autour du vase.
Les corps s’enchevêtrent, se poursuivent, se penchent, s’enlacent. Une bacchante renversée dans un geste d’abandon cambre son torse tandis qu’un satyre se penche vers elle avec une ardeur contenue. Plus loin, un joueur de syrinx accompagne la danse, et un jeune enfant s’accroche aux cornes du bouc, introduisant une note vive et archaïque. Aucun point de rupture ne vient interrompre la scène : le regard est entraîné dans une ronde continue où tension et grâce coexistent.
Contrairement aux modèles antiques aux figures nettement détachées sur un fond neutre, Devreese superpose les plans et densifie la surface. Les draperies fluides, les guirlandes de pampres et les chevelures mouvantes comblent les intervalles, abolissant presque toute surface lisse. Le relief, subtilement modulé, privilégie une ondulation maîtrisée où la lumière glisse sur le marbre et révèle la finesse du modelé. Cette science de la surface trahit l’expérience du médailleur : chaque transition est pensée, chaque creux adouci, chaque volume intégré à l’ensemble.
Les anses, loin d’être de simples éléments fonctionnels, participent pleinement à la composition. Elles naissent organiquement du décor, formées par des bras levés brandissant des pampres ou par des prolongements végétaux qui se détachent de la frise pour venir rejoindre le col du vase. Leur dessin souple prolonge l’élan des figures et accentue la verticalité de l’ensemble, tout en maintenant l’équilibre entre la densité du relief et la pureté de la silhouette. Elles assurent ainsi une transition élégante entre la panse animée et le rebord supérieur, renforçant l’unité plastique de l’œuvre.
La matière elle-même joue un rôle essentiel. Le marbre unifie la scène, tempère l’élan des figures et confère à cette ivresse bachique une élégance formelle qui évite toute brutalité. L’animalité des faunes est stylisée ; la sensualité des bacchantes reste noble, jamais outrée. Le mouvement est rythmé, presque chorégraphique, comme suspendu dans une danse éternelle.
Par sa cohérence plastique, le vase dépasse la simple fonction décorative. La frise épouse parfaitement la courbure de la panse, amplifiant l’effet de rotation et donnant à l’ensemble une dynamique interne remarquable. Le décor ne s’ajoute pas à la forme : il en procède. À la croisée de la tradition néo-classique et de la sensibilité fin-de-siècle, le vase Bacchanale s’impose comme une synthèse raffinée entre sculpture et art décoratif, où la virtuosité technique sert une vision profondément cohérente du mouvement, du rythme et de la matière.
Littérature
- ENGELEN, C., MARX, M. La Sculpture en Belgique à partir de 1830. Louvain : Engelen-Marx, 2006. Tome III, p.1222-1231.
- DULIÈRE, Cécile. Le vase Bacchanale de Godefroid Devreese dans le parc de Mariemont. Les Cahiers de Mariemont, vol. 24–25, 1993, p.148-173.
