ENTE (CANARD)
AUGUST GAUL (1869–1921)
Allemand
Date : 1911
Dimensions : Sculpture : 40 × 30 × 20 cm / Base : 16 × 16,5 cm
Matière : Bronze à patine foncée
Fondeur : Hermann Noack
Signature : « A. GAUL » / Cachet fondeur : « H. NOACK – BERLIN FRIEDENAU »
Contexte historique et artistique
Cette élégante sculpture en bronze d’August Gaul représente un canard dans un moment de calme absolu, illustrant parfaitement l’approche singulière du sculpteur dans son traitement du monde animal. Loin de tout naturalisme descriptif ou anecdotique, l’oeuvre repose sur une synthèse maîtrisée de l’observation et de la construction formelle.
Le corps est conçu comme un volume compact et unifié, structuré autour d’une courbe continue, qui confère à l’ensemble une présence stable et équilibrée. La tête, délicatement tournée, ainsi qu’une patte relevée, introduisent une variation subtile, insufflant à la composition une vie discrète sans rompre son harmonie.
Plutôt que de détailler le plumage, Gaul privilégie un modelé en larges plans souples, permettant à la lumière de révéler la richesse des volumes. La surface, volontairement épurée, suggère la matière sans jamais la décrire, dans un respect constant des qualités propres du bronze.
Dans le traitement de la surface, Gaul intervient après la fonte par un travail de ciselure très maîtrisé : de fines incisions, discrètement réparties, viennent animer le bronze et suggérer le plumage sans jamais tomber dans le détail descriptif. Ces interventions tardives, presque instinctives, participent pleinement à la mise en forme définitive de l’oeuvre, révélant progressivement la vibration de la surface tout en préservant l’unité du volume.
Ce modèle s’inscrit dans la série réalisée par l’artiste pour la fontaine située à l’avant du « Renaissance-Theater » de Berlin en 1911, où plusieurs figures de canards sont disposées en composition. Des figures originales de ce même ensemble sont conservées également au musée Giersch de l’Université Goethe à Francfort, témoignant de l’importance de ce motif dans l’oeuvre de Gaul.
Cette oeuvre témoigne pleinement de la recherche essentielle de l’artiste : dépasser la simple imitation pour atteindre une forme synthétique, presque intemporelle. À travers cette représentation apaisée, dépourvue de tout effet narratif, Gaul parvient à exprimer l’essence même du vivant et annonce certaines orientations de la sculpture animalière du XXe siècle, notamment celle de François Pompon. D’une grande simplicité apparente, ce canard révèle ainsi une maîtrise remarquable de la forme et de l’équilibre, caractéristique des plus belles réalisations de l’artiste.
Littérature
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Emil Waldmann, August Gaul, Berlin, Paul Cassirer, 1919, p.77
