PHRYNÉ DEVANT SES JUGES
FRANCESCO BARZAGHI (1839–1892)
Italien
Date : ca. 1865
Dimensions : 130 cm (Height)
Matière : Marbre blanc de Carrare
Signature : « F. Barzaghi Milano »
Provenance : Collection privée, France.
Contexte historique et artistique
La sculpture de Francesco Barzaghi s’inspire explicitement du tableau Phryné devant l’Aréopage peint par Jean Léon Gérôme en 1861, œuvre qui connut un retentissement considérable. La scène représentée s’inspire de l’une des anecdotes les plus célèbres de l’Antiquité : le procès de Phryné, célèbre hétaïre athénienne du IVe siècle avant J.-C. Selon la légende, alors qu’elle risquait la mort pour impiété, son défenseur Hypéride révéla sa beauté devant le jury qui, saisi d’admiration, l’acquitta.
Barzaghi a choisi de représenter le moment décisif : Phryné se tient devant ses juges, son vêtement partiellement retiré, son regard à la fois vulnérable et défiant. La composition capture l’ambiguïté de la scène, la frontière entre la honte et le triomphe, l’exposition et le pouvoir. Le marbre est travaillé avec une délicatesse extraordinaire : la qualité translucide de la pierre restitue la chaleur de la chair, tandis que le drapé tombant à ses pieds témoigne de la maîtrise de Barzaghi dans le rendu des textures et du mouvement. Le visage, serein mais intense, reflète la complexité psychologique du sujet.
Ce thème, largement traité dans la sculpture et la peinture du XIXe siècle, incarnait les débats contemporains autour de la beauté féminine, de la morale et du pouvoir de l’art. La version de Barzaghi s’impose comme l’une des interprétations les plus raffinées de ce sujet dans la sculpture italienne de la période.
Une version monumentale d’environ 170 cm est attestée par la gravure publiée dans L’Esposizione Universale del 1867 illustrata, correspondant à l’œuvre présentée à l’Exposition universelle de Paris en 1867. Cette version se distingue par un traitement spécifique des bijoux, dont la typologie diffère sensiblement de celle adoptée dans les versions postérieures.
Une autre version de mêmes dimensions, aujourd’hui conservée à la Galleria d’Arte Moderna de Milan (acquise après sa présentation à la Seconde Exposition nationale de Milan en 1872), présente un système ornemental différent : les bijoux correspondent à une typologie stabilisée que l’on retrouve également dans les versions exposées à Vienne en 1873 et à la Promotrice de Gênes en 1878.
Une version réduite d’environ 110 cm est conservée au Museo del Castello d’Albertis à Gênes, démontrant que le modèle circulait également dans des formats plus intimes.
Selon la documentation fournie par la Galleria d’Arte Moderna de Gênes, le modèle que le musée possède et qui présenterait donc les mêmes caractéristiques ornementales que notre version daterait de 1865, année de l’exposition qui a eu lieu à Porto.
La réception critique contemporaine est éloquente. La Gazette des Beaux-Arts mentionne explicitement la Phryné de Francesco Barzaghi parmi les œuvres italiennes majeures présentées au public français, soulignant son pouvoir d’attraction et sa place centrale dans les débats esthétiques du temps. Dans L’Art universel (1873), la sculpture est citée parmi les rares œuvres capables de concilier élégance formelle, sensualité assumée et dignité artistique, en opposition aux productions jugées artificielles ou provocatrices.
Littérature
- Panzetta, Alfonso. Nuovo Dizionario degli Scultori Italiani dell’Ottocento e del Primo Novecento, A–L. Torino : AdArte, 2003.
- Cucciniello, Omar. « Francesco Barzaghi, Frine (Frine denudata davanti ai giudici) », dans Arte in mostra – La Scuola di Milano e le grandi esposizioni internazionali, p. 142–143.
- Larousse, Pierre. Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle. Paris : Administration du Grand Dictionnaire Universel, 1866–1890, t. 17, Suppl. 2.
- Rondani, Alberto. Scritti d’arte. Parme, 1874.
Bibliothèque nationale centrale de Florence. Domaine public. - Exposition universelle de 1867 à Paris : Catalogue général. Première partie, contenant les œuvres d’art. Paris : E. Dentu, 1867.
- L’Esposizione universale del 1867 illustrata. Milano : Edoardo Sonzogno, 1867, vol. 2. Getty Research Institute.
- Esposizione Nazionale di Belle Arti, Brera 1871, cat. n° 365.
- Seconda Esposizione Nazionale di Belle Arti, Milano, 1872. Regia Accademia di Brera.
- Wien Museum, Vienna. Phryne, Skulptur von Francesco Barzaghi, Mailand (Nr. 599), Weltausstellung 1873. Photograph. Wien Museum Collection.
- Fra quadri e statue : stenna-ricoro della Seconda Esposizione nazionale di belle art : lettere al pungolo, Milan, Fratelli Treves, 1873
- Exposition Universelle de 1876 à Philadelphie : Catalogue officiel des oeuvres d’art exposées.
- Gazette des Beaux-Arts : courrier européen de l’art et de la curiosité. Paris, 1er juillet 1873.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343486585 - Revue de Paris, dir. Jean du Boys. 1er novembre 1867.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32857931h - Revue Contemporaine, dir. Alphonse de Calonne. 1er mai 1867.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344617319 - L’Art Universel, dir. Camille Lemonnier. Bruxelles, 1er février 1873.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327026914 - Le Temps, Paris, 19 octobre 1881.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34431794k - Le Gaulois : littéraire et politique, Paris, 28 novembre 1874.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32779904b - Musatti, Eugenio. I Monumenti di Venezia, guida sinottica. Venezia : Ongania, 1893.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb309988645
