BABBO MI AMA !

GIOVANNI SCANZI (1840–1915)
Italien

Date : 1884

Dimensions : 187 cm (Hauteur totale)

Matière : Marbre blanc de Carrare

Signature : « G. SCANZI. F. 1884 »

Titrée : « BABBO MI AMA! BABBO MI AMA! »

Provenance : Collection privée, France

Contexte historique et artistique

Dans Babbo mi ama!, Giovanni Scanzi déploie une maîtrise technique exceptionnelle au service d’une scène d’enfance empreinte de douceur et d’intimité. Réalisée en marbre blanc en 1884, la sculpture représente une fillette assise, occupée à jouer avec une fleur, dans une attitude à la fois concentrée et spontanément joyeuse.

L’inscription gravée sur la base, Babbo mi ama! (“Papa m’aime !”), oriente la lecture vers une scène de tendresse filiale. Le geste délicat de l’enfant, tenant une fleur et semblant en effeuiller les pétales, évoque le jeu bien connu consistant à égrener : “Il m’aime, un peu, beaucoup…”. La sculpture semble figer l’instant où l’enfant atteint la conclusion tant espérée. Ce moment d’insouciance affectueuse, rendu avec une vérité presque photographique, témoigne de l’intérêt de Scanzi pour la capture de l’émotion humaine dans ses manifestations les plus simples.

Mais c’est dans le traitement de la matière que cette œuvre atteint une rare excellence. Le marbre, matière froide et rigide par nature, est animé ici avec une sensibilité quasi tactile. Le gilet ajusté de la fillette, probablement en tricot ou en laine fine, est sculpté avec un soin extrême : on distingue les fils du tricotage, les surpiqûres, et les bordures perlées du vêtement. La jupe, quant à elle, présente une succession de plis souples et amples, dont chaque arête est subtilement adoucie pour évoquer un tissu léger, tombant naturellement sur les jambes de l’enfant.

Le col à volants de la robe, les petits boutons en relief, les manches bouffantes, sont rendus avec un réalisme minutieux. Le marbre imite à la perfection des textures opposées : la peau douce, la toile du vêtement, les tiges souples des fleurs. Ces dernières, abondamment disposées autour du siège, présentent des pétales d’une finesse extrême, parfois presque détachés de la masse du bloc, créant un jeu de clair-obscur vibrant.

Le socle lui-même, en marbre polychrome, agit non comme un simple support, mais comme un élément décoratif intégré, inscrit dans une logique de mise en scène domestique ou intime. L’ensemble évoque un petit monde clos, précieux, presque théâtral, où tout est orienté vers l’expression d’un sentiment familial sincère.

Un autre exemplaire de cette œuvre, intitulé Come son contenta, est conservé à la Galleria d’Arte Moderna de Gênes (GAM Nervi), donné en 1936 par Maria Rambaldi Anselmi, supposée grand-mère de la fillette représentée.

Giovanni Scanzi, connu pour ses nombreux monuments funéraires et ses portraits sculptés à Gênes, livre ici une œuvre de pleine maturité. Babbo mi ama! résume à elle seule sa capacité à faire dialoguer la rigueur académique, la virtuosité dans le travail du marbre, et une poétique de l’intime, dans une pièce à la fois touchante et techniquement magistrale.

Littérature

  • PANZETTA, Antonio. Nuovo Dizionario degli Scultori Italiani dell’Ottocento e del primo Novecento. Turin : Adarte, 2003.

  • « La morte dello scultore Scanzi. » La Tribuna, 1915, n° 113. Consulted on Internet Archive.

  • ALZERI, Federigo. Notizie dei professori del disegno in Liguria dalla fondazione dell’Accademia. Vol. III. Genoa : Tipografia di Luigi Sambolino, 1869.

  • « Giovanni Scanzi. » L’Illustrazione Italiana, 1898, n° 25, p. 426–427. Consulted on Internet Archive.

  • OLCESE SPINGARDI, Caterina. « Santo Varni e il mercato artistico a Genova nel XIX secolo. » La Berio : rivista semestrale di storia locale e di informazioni bibliografiche, vol. XXXV, n° 1 (janvier–juin 1995).