PROSPER D’EPINAY
(Port-Louis, 1836-1914, Paris)
PROSPER D’EPINAY
(Port-Louis, 1836-1914, Paris)
Né à Port-Louis en 1836 dans une famille créole illustre, Prosper d’Épinay grandit en France à partir de 1839 et manifeste très tôt des dons exceptionnels pour le dessin. C’est à Paris, en 1858, qu’il aborde la sculpture, d’abord par la caricature, ses charges mordantes de la société parisienne et mauricienne lui valent une célébrité souterraine, avant que Dantan le Jeune, reconnaissant sous le caricaturiste l’étoffe d’un vrai artiste, ne le convainque de se consacrer à l’art sérieux.
Il entre à l’atelier romain du sculpteur Amici en 1861, séjour fondateur au cours duquel il se lie avec Fortuny, qui le choisit comme modèle pour le marié de son tableau Mariage espagnol, et avec Henry Régnault, sur la carrière duquel il exercera une influence décisive. Le collectionneur Eugène Piot reconnaît immédiatement son originalité et l’encourage dès ses premiers marbres. C’est également à Rome que d’Épinay développe le langage plastique qui fera sa réputation : des figures féminines d’une grâce moderne et troublante, travaillées dans un marbre de Carrare dont il exploite avec virtuosité les qualités optiques, alternant le poli translucide des chairs et le traitement vibrant des chevelures.
Sa première oeuvre magistrale est la statue en bronze de son père Adrien d’Épinay, inaugurée à Port Louis en 1866, à laquelle s’ajoute la statue du gouverneur Stevenson, saluée par la Royal Academy de Londres. Il installe ensuite un atelier à Londres, où il réalise le buste en marbre de la princesse de Galles et ceux des figures les plus en vue de la gentry britannique.
L’installation définitive à Paris, en 1874, avec l’ouverture de son atelier du boulevard Haussmann, marque le début d’une période de consécration internationale. Ceinture dorée, commande de Madame de Cassin exposée cette même année, impose son nom : figure de jeune femme nue d’une modernité saisissante, l’oeuvre déconcerte la critique académique et enthousiasme les meilleurs esprits, Armand de Pontmartin, Charles Haas, Thiébault-Sisson. Le Figaro écrit que le ciseau de Jean Goujon vient d’être retrouvé par un homme du monde.
Suivent deux décennies de production intense : Callixène (triomphe du Salon de 1883), L’Amour mendiant et Le Réveil acquis respectivement par le tsar et l’empereur de Russie, La Reine des fleurs acquise par le roi de Hollande, Annibal enfant, Sapho, Pénélope, Paul et Virginie. Ses portraits-bustes comptent parmi leurs sujets Liszt, Fortuny, Henry Régnault, Sarah Bernhardt, la Tsarine, l’Impératrice d’Autriche et les grandes familles de l’aristocratie européenne.
Sculpteur du mouvement et de la grâce féminine, d’Épinay occupe dans la sculpture française de la seconde moitié du XIXe siècle une place singulière : celle d’un artiste créole formé à Rome, consacré à Paris, qui sut réconcilier l’héritage antique avec la sensibilité moderne, trouvant dans le marbre blanc une voix entièrement propre.
Littérature :
- Leoville l’Homme. Le statuaire Prosper d’Épinay. Port-Louis (Île Maurice) : Imprimerie de The Merchants and Planters Gazette, 1890.
- Vente d’Épinay. Catalogue de sculptures, groupes, statues, bustes, terres cuites originales décorées, maquettes, esquisses, bronzes fondus à cire perdue, tableaux modernes, objets d’art et de curiosité formant les collections de M. d’Épinay. Paris : Hôtel Drouot, 20–21 avril 1885. Commissaire-priseur : M. Escribe ; expert : A. Bloche.
- Capobianchi, Vincenzo, éd. Catalogue des marbres antiques et des objets d’art provenant de l’héritage des Princes Borghèse : collections du Musée du Pavillon de l’Horloge (Villa Borghese), à Rome. Rome : Pavillon de l’Horloge, Villa Borghese, 1893
- Roux Foujols, Patricia. Prosper d’Épinay (1836–1914) : un Mauricien à la cour des princes. Curepipe, Île Maurice : L’Amicale Maurice-France, 1996.
